Ancienne église Notre-Dame-de-la-Paix
936, rue des Prairies
Recyclée
Pendant la Seconde Guerre mondiale et immédiatement après, le cardinal Villeneuve crée plusieurs paroisses à Québec afin de desservir le flot d’ouvriers que sollicitent les industries de guerre. Notre-Dame-de-la-Paix, fondée en novembre 1941, est la première de celles-là. Elle regroupe les travailleurs du port et de l’arsenal. Son nom évoque celui de la première église en pierre construite par les jésuites, en 1647. Les fidèles de la nouvelle paroisse se rassemblent quelque temps dans un édifice occupé par l’Œuvre des vendeurs de journaux, au coin des rues Saint-Dominique et Saint-François.
En janvier 1942, on confie au jeune Adrien Dufresne le soin de préparer
les plans d’une église temporaire, bâtiment de brique et
de bois, revêtu de bardeau dans ses parties hautes. Celui-ci est toutefois
bien décidé à construire aussi l’église
permanente, plus tard. Comme bien des paroisses à cette époque,
Notre-Dame-de-la-Paix aurait dû se satisfaire pendant plusieurs années
de ce lieu de culte temporaire inauguré en 1943. Mais en 1945, la jeune
paroisse reçoit de la veuve de Samuel Béland un don inespéré
de 100 000 dollars, ce qui lui permet de s’acquitter de toutes ses dettes
et d’envisager une construction définitive.
Très logiquement, l’église temporaire déjà
en place contraint les marguilliers à adopter le projet de nef diagonale
de Dufresne. Celui-ci est donc convié en 1946 à dresser les
plans définitifs de l’église Notre-Dame-de-la-Paix. Terminé
en 1948, l’édifice est conçu selon le principe de triangulation,
procédé cher à Dufresne comme à tous les adeptes
de l’architecte Dom Paul Bellot. L’espace intérieur déploie
les fameux arcs paraboliques, ou « arcs en chaînette »,
empruntés par Dom Bellot à Antoni Gaudi. Ces grands arcs en
brique sont contreventés sur les murs latéraux par des arcs
et sur leur extrados par des pannes. Cette ossature, qui porte une dalle de
béton en guise de toiture, a une hauteur de 16,2 mètres.
À l’extérieur, le chevet s’élève haut,
un peu comme les cintres d’une salle de spectacles, et attire donc le
regard vers l’arrière de l’église. En l’absence
de façade classique, cette disposition rend lisible l’entrée
principale en identifiant le chevet à l’opposé. Ce volume
devait être équilibré par un clocher indépendant
placé à droite de la façade, mais on ne l’a jamais
construit.
Typiques de la manière de Dufresne, les matériaux employés
sont choisis avec soin en fonction de leur texture et de leur couleur. À
l’intérieur, la brique ocre s’est imposée pour créer,
avec la lumière tamisée par les vitraux, cette atmosphère
feutrée chère aux adeptes du mouvement de l’art sacré.
À l’extérieur, le granit gris bosselé est découpé
par des bandes lisses de calcaire blanc, notamment pour souligner la forme
triangulée des ouvertures. La toiture de cuivre met en relief différentes
parties qui composent le volume d’ensemble.
L’église Notre-Dame-de-la-Paix ferme ses portes en 1980 et la
paroisse est supprimée en janvier 1981. C’est que la percée
de l’autoroute Dufferin-Montmorency et la construction des voies surélevées
ont sérieusement entamé le territoire de la paroisse, désormais
incapable de subvenir aux besoins d’une église. Le bâtiment
est mis en vente en 1981, mais ce n’est qu’en 1989 qu’un
promoteur s’engage dans un complexe recyclage, d’après
les plans de l’architecte Jacky Deschênes. Il s’agit pour
l’essentiel d’ajouter quatre niveaux dans l’espace de la
nef et cinq dans le chœur, tout en perçant la toiture, au centre
de la nef, pour y créer un puits de lumière qui doit éclairer
les corridors. L’édifice compte dorénavant 61 logements
en copropriété, dont chacun conserve une parcelle de l’église.
Certains, aménagés dans la voûte, n’ont qu’un
éclairage zénithal ; un autre occupe la partie haute du chœur,
sous la flèche ; d’autres encore se trouvent en sous-sol et sont
éclairés par de nouvelles ouvertures qui donnent sur de petites
terrasses. Il est évident qu’au terme de cette opération,
il reste bien peu de choses de l’église et surtout de l’œuvre
d’Adrien Dufresne.
Luc Noppen et Lucie Morisset

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