260, boulevard Langelier
En 1618, Samuel de Champlain soumet au jeune roi Louis XIII le projet de créer une ville en Nouvelle-France. Elle s’appellerait « Ludovica » et serait située dans la vallée de la Saint-Charles. Afin de marquer son appui à ce projet, le roi met en réserve un espace devant servir de commune au centre de la future agglomération, et concède un domaine aux récollets. C’est dans cette perspective qu’en 1620 les récollets font bâtir un couvent, sur la rive sud de la rivière Saint-Charles, à l’emplacement actuel de l’Hôpital général de Québec. Au premier corps de bâtiment s’ajoute en 1621 une église en pierre, Notre-Dame-des-Anges. Les récollets quittent la Nouvelle-France en 1629 et les jésuites entreprennent de faire pression contre leur retour. Lorsqu’enfin les récollets reviennent à Québec en 1670, ils doivent reconstruire à neuf.
Les récollets rétablissent leur couvent entre 1670 et 1682.
L’église est terminée en 1673 et, quatre ans plus tard,
le gouverneur Frontenac, protecteur des récollets, finance la construction
d’un corps de logis. Il s’y réserve un appartement où
il peut loger à l’occasion des retraites qu’il fait chez
les religieux. Frontenac, qui favorise le développement de Québec
sur le cap Diamant, invite les récollets à venir s’établir
dans la haute-ville, près de sa demeure. Dès 1681, les frères
mineurs obtiennent un terrain en face du château Saint-Louis et entreprennent
de s’y installer. Leur projet est ralenti par le départ du gouverneur,
mais lorsque celui-ci réintègre son poste en 1688, leur établissement
à la place d’Armes se précise. Puis, Mgr de Saint-Vallier
accepte d’ériger un hôpital général dans
les bâtiments du couvent Notre-Dame-des-Anges, en 1692.
Le lieu convient à une telle fondation puisque, selon la tradition,
les hôpitaux généraux reçoivent les démunis
en bonne santé (à l’encontre des Hôtel-Dieu qui
accueillent les pauvres malades), qu’on préfère éloigner
de la ville. Les sœurs augustines, déjà responsables de
l’Hôtel-Dieu de Québec, acceptent de gérer cet hospice
qui leur est cédé en 1692. Pour occuper les résidents
de l’Hôpital général, l’évêque
acquiert la seigneurie d’Orsainville ; ils y travaillent la terre avec
quelques employés.
L’église, reconstruite par les récollets en 1673, survit
dans des bâtiments qui ne cessent de prendre de l’expansion. Elle
est érigée en paroisse en 1722 et, peu après, Mgr de
Saint-Vallier y fait ajouter une chapelle où il sera inhumé
quelques années plus tard. Mais l’église, devenue vétuste,
est reconstruite à la fin du XVIIIe siècle et son décor
intérieur remanié, notamment par le menuisier Pierre Émond.
Au fil des ans, de nombreux travaux adaptent le lieu de culte aux exigences
nouvelles, tant au XIXe qu’au XXe siècle. En 1982-1983, l’église
fait l’objet d’une restauration radicale, dirigée par des
experts du ministère des Affaires culturelles.
L’église Notre-Dame-des-Anges est aujourd’hui intégrée
dans un corps de bâtiment, et sa chapelle latérale, où
repose Mgr de Saint-Vallier, y forme une excroissance. L’ornement principal
consiste en un retable en arc de triomphe assez sobre, formé par quatre
colonnes corinthiennes. Au-dessus, dans un fronton rapporté, évolue
un Père éternel. La surface du retable est ornée d’appliques
sculptées et de tableaux, dont celui du maître-autel, une Assomption
de la Vierge, serait du peintre récollet Claude François, dit
frère Luc. Le tabernacle du maître-autel daterait de 1722 et
aurait été sculpté par un des membres de la famille Levasseur.
Avec son dôme central et ses ailes latérales, il s’inspire
du collège des Quatre-Nations (aujourd’hui l’Institut de
France), édifice parisien dû à l’architecte Louis
Le Vau (1662).
Luc Noppen et Lucie Morisset

