Église de Saint-Mathieu (1965-1966)

Arrondissement de Sainte-Foy–Sillery
3155, chemin des Quatre-Bourgeois



L’église de Saint-Mathieu, dont les travaux de construction ont commencé à la fin de l’été 1965, a été ouverte à temps pour la messe de Noël de 1966. L’architecte Louis Carrier, qui en a assuré la conception, est aussi l’auteur des églises de Saint-Yves et de Saint-Benoît-Abbé à Sainte-Foy et du Bon-Pasteur à Charlesbourg. Regroupant également le presbytère, les bureaux de la paroisse et une grande salle communautaire, le complexe forme un U au centre duquel s’élève le clocher hors œuvre. L’église partage avec une école l’îlot de forme triangulaire délimité par le chemin des Quatre-Bourgeois, l’avenue Duchesneau et la rue Bar-le-Duc. Depuis 1991, une parcelle de terrain vendue par la fabrique est occupée par un grand immeuble à bureaux en verre – Le Mathieu –, masquant la devanture de l’église depuis l’avenue Duchesneau. 

Comme Carrier l’a fait pour quelques autres de ses églises, les murs extérieurs sont revêtus de pierre, de planches de cèdre rouge verticales et de panneaux d’amiante émaillée. La pierre utilisée, aux tons chauds de jaune, de brun et de beige, prend la forme de minces galets empilés. La toiture à deux versants, recouverte de bardeau d’asphalte, est imposante. Une verrière occupe tout le pignon du mur de façade où un volume en saillie généreusement vitré fait office de vestibule. Le transept s’inscrit dans le plan longitudinal de l’édifice, dont le toit est percé de grandes lucarnes à la hauteur de la nef. 

Le clocher, entièrement indépendant de l’église, présente une structure ajourée en bois, de plan circulaire et reposant sur quatre pieds. Cette structure est contreventée à six endroits par des disques entre lesquels s’insèrent les trois cloches installées en 1967. 

À l’intérieur, la nef de 666 places est spacieuse et bien éclairée par la grande verrière et les lucarnes mais aussi par des bandeaux de fenêtres hautes sur les murs latéraux. Ces murs sont revêtus de planches de cèdre verticales entre les pilastres en pierre, que l’on retrouve aussi à l’extérieur. La laine d’amiante soufflée qui recouvre le plafond de la nef assure à celle-ci de bonnes qualités acoustiques. Ce matériau s’est toutefois sali avec le temps, comme c’est le cas dans les églises de Saint-Louis-de-France et de Saint-Yves, dotées du même type de plafond. La surface noircie assombrit considérablement la nef et on ne peut la nettoyer aisément sans risquer qu’elle ne s’effrite. Les luminaires encastrés sont tous regroupés au centre du plafond, dans un large caisson qui se profile sur toute la longueur de l’édifice. 

L’espace du chœur est surélevé de quatre marches. Le sol est en terrazzo et le retable, revêtu de planches de bois verticales, est légèrement avancé par rapport aux parois en pierre. Cette avancée a permis d’intégrer des bandes de fenêtres verticales dans l’interstice entre les deux plans et d’éclairer le chœur de façon indirecte. Le bras droit du transept abrite un baptistère et une chapelle d’adoration fermée par une cloison vitrée. À gauche se trouvent une autre chapelle en gradins et une sacristie qui est reliée au bureau de la paroisse. 

L’autel a été fabriqué en marbre travertin, tandis que les fonts baptismaux et la table supportant le tabernacle comprennent des insertions de pierre. La configuration initiale du chœur a été modifiée dans les années 1980 lorsqu’on y a installé un imposant orgue à tuyaux. Cet instrument de grande valeur, reconnu pour sa sonorité, a été acheté vers 1988 à la paroisse de Saint-Vincent-de-Paul de Québec qui venait de fermer son église. La fabrique a pu acquérir cet instrument coûteux grâce à la vente d’un terrain face à l’église, sur lequel on a érigé l’immeuble Le Mathieu. 

L’église comprend peu d’œuvres d’art. Outre le Christ ressuscité, sculpture en bois ornant le retable, on n’y retrouve que quelques statues et un chemin de croix contemporain en métal. Les bancs de l’église sont en bois et des confessionnaux occupent l’arrière de l’église de même que les chapelles latérales. 

Hormis la réfection complète de la couverture en 1989, l’église de Saint-Mathieu a connu peu de modifications depuis son édification. Ce lieu de culte demeure tout à fait typique de la pratique de l’architecte Louis Carrier et de la production moderne de l’époque. Son architecture n’est toutefois pas aussi originale que dans certaines autres réalisations des années 1960 et ne constitue pas une référence en la matière. De plus, par son implantation, le complexe église/presbytère ne joue pas un rôle très structurant dans le tissu urbain environnant où prédomine la fonction commerciale. Une valeur communautaire désigne le lieu de culte.



Martin Dubois

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