Église de Sainte-Cécile (1967-1968)

Arrondissement de Charlesbourg
9150, avenue Jean-Paquin



L’église de Sainte-Cécile, érigée en 1967-1968, est un lieu de culte modeste qui s’intègre bien dans la trame urbaine de ce secteur résidentiel de Charlesbourg. L’îlot où se situe l’église, bordé par le boulevard Cloutier, l’avenue de Laval, la rue de Nanteuil et l’avenue Jean-Paquin, comprend également un parc et des écoles. Dans ce secteur, la trame des rues est assujettie à l’ancien parcellaire du Trait-Carré, où les terres étaient découpées selon un plan rayonnant. 

On doit la conception de cette église à la firme d’architectes d’origine saguenéenne St-Gelais, Tremblay, Tremblay, Labbé. Au même titre que les architectes Jacques Coutu ou Paul-Marie Côté, cette firme a contribué, par son esprit innovateur et son audace, à façonner la réputation de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean en matière d’architecture religieuse. Les églises érigées dans cette région au cours des années 1960 rivalisent d’originalité. Celles de Saint-Raphaël de Jonquière (1959-1960), Saint-Gérard-Magella de Larouche (1960), Saint-Marcel de Chibougamau (1962-1964) et Notre-Dame-Immaculée de Roberval (1966-1967) ont toutes été dessinées par les architectes St-Gelais, Tremblay, Tremblay et sont représentatives de cette architecture blanche et originale aux lignes pures et aux formes géométriques variées. L’église de Sainte-Cécile est cependant d’une tout autre facture et se rattache davantage à un mouvement architectural privilégiant les matériaux bruts et expressifs et des formes moins abstraites. Ce courant est souvent appelé « brutalisme » ou « expressionnisme formel ». 

L’architecture moderne, dans la seconde moitié des années 1960, est à un tournant important. Les travaux de Charles Moore en Californie, avec son Sea Ranch Condominiums qui a popularisé le Shed Style,de même que le courant brutaliste, très en vogue à l’époque aux États-Unis, vont inspirer plusieurs architectes québécois. Ils exploreront de façon plus marquée cette architecture à la fois formaliste et régionaliste et tenteront d’intégrer dans leurs réalisations des volumes prismatiques, souvent triangulaires, recouverts de planches ou de bardeaux de bois naturel sur lesquels on laisse le temps appliquer une patine. Le béton brut de décoffrage, dont les textures rappellent celles du bois, est aussi régulièrement utilisé dans ces compositions expressives qui ne se veulent ni monumentales ni somptueuses. La cathédrale du Christ-Roi de Gaspé, conçue par l’architecte Gérard Notebaerten 1968-1969, ainsi que le Centre culturel de Baie-Saint-Paul, de l’architecte Jacques DeBlois, sont des exemples des plus représentatifs du Shed Style au Québec. 

Les architectes St-Gelais, Tremblay, Tremblay ont eux aussi exploré cette architecture. On retrouve souvent dans leurs projets des jeux de prismes triangulaires revêtus de bois naturel et présentant de grandes lucarnes ; c’est le cas, entre autres, d’une maison de retraite à Saint-Félicien, du carrefour étudiant de Saint-Méthode au Lac–Saint-Jean et de plusieurs résidences (Lamy et Hurni, 1983, 70-72, 134-135, 158-159). Le même procédé sera repris à l’église de Sainte-Cécile, où deux grands prismes triangulaires sont adossés l’un à l’autre, le plus haut permettant de placer une grande lucarne dans sa partie supérieure afin d’éclairer le chœur. Ce jeu de volumes et de plans, tantôt en retrait, tantôt en saillie, est fort intéressant. Les lignes s’harmonisent avec celles des contreforts des Laurentides qui se profilent au loin. Les prismes étaient originellement revêtus de planches de cèdre sciées dont l’orientation suivait la pente des toitures. Plusieurs parties en béton brut, dont les marques de décoffrage montrent clairement la texture du bois scié, donnent beaucoup de relief aux façades. 

L’église est accolée au presbytère, une construction basse de deux étages au toit plat. Le presbytère est fait de deux volumes superposés et décalés, percés de fenêtres en bandeau. Le rez-de-chaussée loge un garage double,les bureaux de la paroisse, une salle communautaire ainsi que le grand vestibule de l’église. Des entrée sentièrement vitrées à chaque extrémité de cet espace d’accueil assurent une transparence que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le complexe. Au-dessus du vestibule se découpe l’étage du presbytère qui est occupépar les appartements du curé. Le décalage du rez-de-chaussée par rapport à l’étage autorise l’aménagement d’une terrasse sur le toit. Tout comme l’église, l’extérieur du presbytère était revêtu, dans sa partie supérieure, de planches de cèdre sciées et de béton brut au rez-de-chaussée. Malheureusement, le revêtement extérieur en bois de tout l’ensemble a été remplacé par un revêtement profilé en aluminium de couleur bronze. Bien qu’il reprenne la disposition d’origine des planches de cèdre, le nouveau revêtement n’a ni la texture ni la chaleur du bois. 

Les fermes et poutrelles de la charpente en bois lamellé-collé de l’église ne sont pas visibles à l’intérieur ni à l’extérieur. Les toitures en pente sont couvertes de bardeau d’asphalte. Malgré la réfection complète de la toiture en 1996, on a dû effectuer en 2003 des travaux correctifs au niveau des noues afin de régler de nouveaux problèmes d’infiltrations. Des gargouilles disposées de part et d’autre du bâtiment assurent l’égouttement à la base du toit. Un clocher ajouré à structure de bois lamellé, détaché de l’église, se dresse près de l’entrée principale. Trois piliers de différentes hauteurs, contre-ventés par des plates-formes triangulaires, supportent trois cloches. 

À l’intérieur, les architectes ont su marier les formes et l’éclairage naturel afin de créer une ambiance de calme et de piété. Dès l’entrée, on est naturellement attiré vers le chœur. La nef de plan presque carré, qui regroupe l’assemblée de façon assez compacte, fait corps avec l’espace du chœur, marqué par un élan vertical et une grande luminosité. Le plafond en pente vers le chœur ainsi que la lumière naturelle émanant de la grande baie, invisible de la nef, concentre ainsi l’attention des fidèles sur le célébrant. Le dénuement du décor intérieur accentue cet effet de sérénité. La surface blanche de la base des murs latéraux sans ouvertures et des plans inclinés sans relief, ainsi que les lambris de planches de bois posées en diagonale dans les parties hautes de l’édifice forment un espace sobre et apaisant en suivant la même logique que les revêtements extérieurs. L’éclairage, initialement réparti au plafond de la nef, a été transposé quelques années plus tard dans la partie haute des murs latéraux, ce qui favorise le recueillement. 

Le chœur, surélevé de quatre marches, est réduit à sa plus simple expression. On retrouve une entrée secondaire de chaque côté. À sa gauche, une alcôve abrite l’autel du Saint Sacrement ; à sa droite, se trouvait originellement son pendant, le baptistère. Cet espace, occupé à présent par l’oratoire de la Vierge, était enfoncé dans le sol ; la cavité a été comblée pour que le plancher soit au niveau de celui de la nef. Juste derrière, une petite chapelle, séparée du chœur par une paroi vitrée, est réservée aux enfants.

Dans l’esprit du décor intérieur, le mobilier est simple et dépouillé. Les bancs en bois tout comme le mobilier liturgique (confessionnaux, autels, etc.) sont de conception moderne. Les œuvres d’art se résument, dans le chœur, à une statue en bois sculpté représentant le Christ ressuscité, à quelques autres statues et à un chemin de croix en bois sur support en cuivre. 

Malgré les contraintes d’un petit budget, les architectes St-Gelais, Tremblay, Tremblay, Labbé ont su créer une architecture très expressive. Si elle n’est pas aussi originale et innovatrice que leurs autres réalisations saguenéennes, l’église de Sainte-Cécile se démarque parmi les lieux de culte de la région de Québec érigés à la même époque. En fait, c’est l’un des seuls lieux de culte de la capitale qui tende résolument vers le courant brutaliste ou l’expressionnisme formel. On doit cependant regretter la perte du revêtement de bois d’origine qui lui donnait des parois beaucoup plus texturées. De plus, bien que les jeux de volumes et de plans renforcent le caractère expressif de la composition, la lecture de l’ensemble est un peu complexe et la situation des entrées n’est pas toujours claire. L’église de Sainte-Cécile n’en constitue pas moins une belle réussite architecturale, de surcroît mise en valeur par des aménagements paysagers fort agréables. Une valeur patrimoniale significative caractérise ce lieu de culte.



Martin Dubois

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