755, rue Saint-Jean
recyclée
La naissance de l’église St. Matthew est liée à l’histoire du premier cimetière protestant de Québec. C’est en effet en ces lieux qu’on inhume pour la première fois des membres de la communauté protestante, en 1772. Agrandi par l’acquisition d’un deuxième lot en 1778, le cimetière est divisé en deux sections : la première est réservée aux membres de l’Église d’Angleterre (anglicans), la seconde aux membres de l’Église d’Écosse (presbytériens). L’ensemble ne devient propriété des Trustees of the Quebec Protestant Burying Ground qu’en 1823.
À partir de 1822, la communauté utilise comme lieu de culte
une maison située sur le terrain du cimetière. Une fois par
mois, le pasteur de la cathédrale anglicane y préside un office,
en français, au bénéfice des immigrants en provenance
des îles Jersey et Guernesey. Dès 1827 toutefois, la maison se
prête exclusivement à la célébration du culte anglican,
en langue anglaise. On remplace ses fenêtres par des ouvertures cintrées
et une petite coupole en surmonte le toit. L’édifice est alors
connu sous le nom de « St. Matthew’s Chapel ».
Détruite dans l’incendie qui ravage le faubourg, la chapelle
est reconstruite temporairement en bois. Enfin, en 1848, l’architecte-maçon
John Cliff érige une nouvelle chapelle, en pierre cette fois, inaugurée
le 29 avril 1849. Elle accueille quelque 475 fidèles.
Ce premier temple survit quelque temps, jusqu’à ce que des travaux
d’agrandissement successifs en fassent disparaître presque toute
trace. En 1869, George Edmund Street, architecte londonien renommé,
soumet un projet de reconstruction. Mais c’est d’après
les plans de l’architecte montréalais William Tutin Thomas et
sous la surveillance de l’architecte Staveley de Québec que se
déroulent d’importants travaux entre 1870 et 1882.
On commence d’abord par démanteler le chevet pour construire
un transept et un chœur à cinq pans. Puis en 1875, année
où St. Matthew est érigée en paroisse, la nef est remplacée
par une construction plus ample, dotée d’un bas-côté
sud. Sept ans plus tard, toujours selon les plans de William T. Thomas, on
édifie la tour qui se dresse rue Saint-Jean ; il s’agit d’une
tour-porche couronnée d’une élégante flèche.
Le baptistère et les fonts baptismaux, œuvres des architectes
new-yorkais J. et R. Lamb, apparaissent en 1894. L’église est
consacrée l’année suivante.
En 1899-1900, le chevet à cinq pans est démoli pour faire place
à un chœur plus profond, fermé par un chevet plat. Les
travaux sont exécutés d’après les plans d’Arthur
A. Cox, de l’agence Cox et Amos de Montréal. L’architecte
Edward B. Staveley dessine en 1910 la Laurie Memorial Clock, horloge monumentale
qui est l’un des ornements du faubourg. Ce n’est qu’en 1954
que l’église perdra sa magnifique couverture d’ardoise
polychrome, remplacée par le revêtement de cuivre qu’on
peut encore voir aujourd’hui.
Réalisée par étapes, l’église St. Matthew
rejoint les modèles proposés par l’Ecclesiological Society
qui, au cours des années 1830, propose un retour à l’architecture
gothique afin de retrouver, dans une ambiance médiévale, une
foi revivifiée. L’importance accordée désormais
au rite liturgique, notamment par la réintroduction de l’Eucharistie,
suppose des chœurs allongés et un mobilier liturgique plus présent.
Publiés dans la revue l’Ecclesiologist, ces recommandations trouvent
écho au Québec. Il n’est dès lors pas étonnant
que l’église St. Matthew, telle qu’elle apparaît
en 1900, s’apparente à l’église St. Oswald de Liverpool,
œuvre de l’architecte Augustus Welby Pugin, celui-là même
qui a inspiré le mouvement de réforme de l’Église
anglicane.
Reconvertie en bibliothèque municipale en 1979, l’église
St. Matthew a conservé bon nombre de ses dispositions et ornements
d’origine. La clôture en chêne du chœur a été
sculptée par Percy Bacon et la chaire en marbre est sortie de l’atelier
de Felix Morgan, deux éminents artistes britanniques. Enfin, certains
des vitraux proviennent de l’atelier du réputé Charles
Clutterbuck, de Londres.
Quant au cimetière protestant, on l’a fermé dès
1860, le Parlement canadien ayant interdit «d’inhumer aucun corps
dans le cimetière connu sous le nom de cimetière anglais [parce
qu’il] est au milieu d’une grande population et est devenu une
grave nuisance ». La Ville a été sollicitée depuis
lors pour contribuer à son entretien et à la reconstruction
du mur d’enceinte. Offert finalement à la Ville en 1979, en même
temps que l’église, le cimetière a été réaménagé
et les quelques pierres tombales qui subsistaient, restaurées.
L’église et le cimetière ont été classés
monuments historiques en 1978.
Luc Noppen et Lucie Morisset
