Au début du XXe siècle, après une période de léthargie,
la ville de Québec reprend son expansion. L’industrie manufacturière
favorise la croissance économique et l’augmentation de la population.
Tandis que les ouvriers s’entassent dans les quartiers de Saint-Roch,
Saint-Sauveur et Saint-Jean, une partie de la bourgeoisie s’installe le
long de la Grande Allée, une artère réaménagée
à la fin du XIXe siècle. Devenue « l’orgueil de Québec
», elle est réservée aux personnes capables d’assumer
le coût des maisons et des terrains (Lebel, 2000, 20).
Sur le plan religieux, ce secteur relève surtout de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, érigée en 1886. Comme le nombre de paroissiens augmente et que l’église est éloignée de la Grande Allée, on demande la création d’une nouvelle paroisse. D’ailleurs, la chapelle du couvent du Bon-Pasteur accommode déjà les habitants du secteur.
En 1918, quatre ans après avoir essuyé un refus des Dominicains, les autorités diocésaines invitent les Eudistes à venir desservir « la clientèle exigeante de la Grande-Allée » (Noppen, 1994, 97). Comme bien d’autres communautés religieuses à l’époque, les Eudistes fuient la France et son laïcisme « régi par une panoplie de lois restrictives » (Noppen, 1996, 37).
Détachée des paroisses de Saint-Jean-Baptiste et de Notre-Dame, la paroisse de Saint-Cœur-de-Marie est érigée le 3 mai 1918. Grosso modo, son territoire couvre tout le secteur au sud des rues Saint-Patrick et Lockwell, entre l’avenue De Salaberry et la rue Saint-Eustache (aujourd’hui disparue sous l’autoroute Dufferin-Montmorency).
À partir de la fin des années 1960, l’extension de la colline Parlementaire et la construction du boulevard Saint-Cyrille (aujourd’hui René-Lévesque) entraînent la démolition de plusieurs secteurs de la paroisse. Comme le nombre de résidants chute dramatiquement, un phénomène aggravé par la baisse de la pratique religieuse, on tente de trouver des solutions. En 1993, la paroisse de Saint-Cœur-de-Marie s’unit à celles de Notre-Dame-de-Québec, de Notre-Dame-de-la-Garde et de Notre-Dame-des-Victoires. Chacune des fabriques reste indépendante, mais on partage les coûts administratifs et les services pastoraux (Chamberland, 2003, 2). La survie de Saint-Cœur-de-Marie est toutefois de courte durée. On supprime la paroisse par un décret daté du 14 octobre 1997 et l’on ferme l’église au culte. Le territoire de Saint-Cœur-de-Marie est rattaché à celui de Saint-Dominique, « à la suite d’une demande de fusion émanant des membres des fabriques concernées » (Décret du 14 octobre 1997).
Louise Côté
__________
Bibliographie
Chamberland, J.-M (curé de Notre-Dame). Paroisse de Notre-Dame-des-Victoires. Questionnement sur le présent et l’avenir de la paroisse. Notes inédites, 23 octobre 2003.
Dagnaud, C.-J. M., La paroisse du Saint-Cœur de Marie. Du berceau à ses dix ans. Québec, Imprimerie Laflamme, 1928.
Lebel, Jean-Marie et Roy, Alain. Québec 1900-2000. Le siècle d’une capitale. Sainte-Foy, MultiMondes et CCNQ, 2000.
Noppen, Luc, Morisset, Lucie K. Foi et patrie. Art et architecture des églises à Québec. Québec, Publications du Québec, Ville de Québec et ministère de la Culture et des Communications, 1996.
Noppen, Luc, Morisset, Lucie K. Lieux de culte situés sur le territoire
de la ville de Québec. Fiches analytiques-1. Québec, Ville de
Québec, 1994.